Alors que le monde célèbre la « Journée de la Santé », le citoyen marocain se retrouve pris au piège d’un système de santé boiteux, évoluant à deux vitesses contradictoires : celle de l’intelligence artificielle et de la chirurgie robotique pour ceux qui ont l’argent, et celle de la mort lente et des rendez-vous s’étalant sur des années pour ceux qui n’ont que leur dignité. Selon le cri d’alarme lancé par le Réseau Marocain pour la Défense du Droit à la Santé, le système de santé au Maroc n’est plus un service public, mais s’est transformé en un marché capitaliste brut, où le droit aux soins se mesure au pouvoir d’achat et à l’appartenance de classe, et non par des textes constitutionnels creux.
« AMO Tadamon » : quand les poches des pauvres financent les profits des cliniques privées !
Des chiffres choquants révèlent un scandale de gestion dont le « Makhzen » est l’acteur principal : le secteur privé accapare 91 % des dépenses de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO), tandis que l’hôpital public est laissé à l’agonie avec un taux ne dépassant pas 9 %. Pire encore, les fonds de l’« AMO Tadamon », destinés aux catégories vulnérables, affluent désormais vers les caisses des cliniques privées, aggravant la fragilité du service public et le transformant en ruines médicales. Ce siphonnage systématique du financement de la santé prouve que l’État a officiellement renoncé à son rôle social, devenant un simple intermédiaire collectant les fonds de solidarité pour les remettre aux barons de l’investissement médical.
Le cimetière des rendez-vous et la pénurie de ressources : l’hôpital public au bord de l’effondrement
Pendant que les cliniques des grandes villes se vantent de leur technologie moderne, les hôpitaux publics souffrent d’une hémorragie aiguë de ressources humaines, avec un déficit dépassant les 32 000 médecins et 65 000 infirmiers. Cette pénurie, ajoutée à la vétusté des équipements et aux pannes récurrentes, a transformé les rendez-vous de scanner ou d’IRM en un mirage que le patient peut attendre une année entière ; un délai suffisant pour transformer une pathologie simple en tragédie nationale. La démocratie des soins est totalement absente dans les campagnes et les douars, où la mortalité maternelle et infantile est presque le double de celle enregistrée dans les villes, une condamnation flagrante de l’échec des politiques régionales du Makhzen.
La marchandisation de la maladie… quand les médecins deviennent les otages de l’investissement capitaliste
Le Réseau de santé a alerté sur un phénomène dangereux : la transformation de la médecine, passant d’un service humanitaire à un pur domaine d’investissement capitaliste. L’attraction du secteur privé, qui capte plus de la moitié des médecins avec des salaires mirobolants et se concentre sur les techniques commercialement rentables, reflète la volonté du régime du Makhzen de privatiser le droit à la vie. L’absence d’une autorité indépendante pour réguler les prix et surveiller les « factures gonflées » dans les cliniques privées fait du patient marocain une proie facile à l’exploitation excessive, transformant le parcours de soins en un naufrage matériel et moral.
Le rapport du Réseau de santé avertit que le Maroc vit une « rupture totale » avec le concept d’État social. L’introduction des robots et de l’intelligence artificielle dans les cliniques privées ne représente aucun progrès tant que 30 % des Marocains ne disposent d’aucune couverture sanitaire, et tant que la qualité des soins est liée au « solde bancaire ». Le message adressé à Rabat est clair : « Le progrès technologique sans justice sociale n’est que pure propagande ». Il est temps de cesser la « marchandisation » de la vie des Marocains et d’opérer une révolution dans la gouvernance sanitaire ; faute de quoi, l’« explosion » du système public sera le dernier clou dans le cercueil de la prétendue paix sociale.
