vendredi, 23 janvier, 2026

COMMENT L’ALGÉRIE DOIT NEUTRALISER L’AGENDA OCCIDENTAL ET SON PROXY MAROCAIN EN AFRIQUE

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By: ​Lyes Mihoubi
COMMENT L’ALGÉRIE DOIT NEUTRALISER L’AGENDA OCCIDENTAL ET SON PROXY MAROCAIN EN AFRIQUE

Par Lyes Mihoubi

Spécialiste en stratégie des entreprises

 

​INTRODUCTION : DE LA PELOUSE À LA GÉOPOLITIQUE, LA FIN DES ILLUSIONS

​L’impulsion de cette analyse stratégique est née d’un constat factuel et public : le spectacle révélateur offert lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc. Le monde entier a été témoin des méthodes employées par le pays hôte, usant de toutes les combines et manœuvres extrasportives pour tenter de s’adjuger le trophée.

​Ce spectacle a agi comme un électrochoc. Une question s’impose dès lors avec force : si de telles pratiques, fondées sur la manipulation et le manque d’éthique, sont déployées sans vergogne pour une simple compétition sportive, que se passe-t-il réellement dans l’ombre des couloirs économiques et diplomatiques du continent ?

​La CAN a eu le mérite involontaire de faire tomber les masques et de dévoiler aux nations africaines la réalité des méthodes du voisin de l’Ouest. Il est temps d’exploiter cette prise de conscience collective, car ce qui se joue sur le plan économique est d’une toute autre gravité.

​L’Afrique est entrée dans une phase de mutation violente. Les puissances occidentales traditionnelles, discréditées par des décennies de scandales et de prédation, sont aujourd’hui persona non grata dans une grande partie du Sahel. Chassées par la porte, ces puissances cherchent désespérément à revenir par la fenêtre.

La situation actuelle ne doit pas nous tromper. L’ascension de l’influence marocaine et sa « mue spectaculaire » bénéficient d’un parrainage actif. Rabat s’est positionné comme le « canal de substitution » pour des intérêts occidentaux devenus illégitimes sous leur propre drapeau. Le voisin de l’Ouest joue désormais le rôle de « proxy » (relais), permettant à l’Occident de maintenir son emprise économique et politique sans s’exposer directement.

​Face à cette alliance tacite, l’Algérie, forte de sa souveraineté intacte, doit réagir. Nous venons de remporter une victoire décisive en sécurisant le Gazoduc Trans-Saharien (TSGP), mais la guerre d’influence, elle, ne fait que commencer.

L’objectif de cette note est de déconstruire cette mécanique de substitution et de proposer une doctrine algérienne de contre-encerclement, basée sur nos atouts lourds : le Gaz, le Rail et notre indépendance réelle.

​I. ANALYSE : LE PIÈGE DE LA « SOUS-TRAITANCE » STRATÉGIQUE

​Pour comprendre l’urgence de la situation, il faut décrypter les faits qui trahissent cette manœuvre concertée.

  1. La Stratégie du « Western-Washing » (Le blanchiment d’origine) : Là où des entreprises occidentales (notamment françaises) suscitent désormais la méfiance au Mali ou au Burkina Faso, elles utilisent le Maroc comme sas de décompression.
    • Le Fait : Le hub « Casa Finance City » est devenu le refuge de nombreuses multinationales occidentales qui y installent leur siège régional. Elles reviennent ensuite sur les marchés sahéliens via des filiales de droit marocain, contournant ainsi le sentiment anti-occidental tout en captant les marchés. C’est du néo-colonialisme par procuration.
  2. L’Initiative Atlantique comme outil de contournement militaire : Cette offre d’accès à l’Océan pour le Sahel n’est pas seulement une initiative commerciale.
    • Le Fait : La tenue annuelle des manœuvres militaires « African Lion » sur le sol marocain, plus grand exercice de l’AFRICOM (Commandement US pour l’Afrique), prouve que le Royaume est la tête de pont logistique de l’OTAN sur le flanc Sud. L’Initiative Atlantique vise aussi à sécuriser un corridor d’extraction des richesses vers l’Occident, loin de l’influence algérienne.
  3. Le « Soft Power » Biaisé : Le contrôle exercé sur les banques et le transport aérien en Afrique de l’Ouest est facilité par des capitaux étrangers. L’objectif est de maintenir la région dans une zone d’influence contrôlée (Zone Franc CFA / Euro) face à la montée en puissance de la souveraineté économique algérienne.

​II. LA RÉPONSE ALGÉRIENNE : LA DOCTRINE DE LA « SOUVERAINETÉ CONNECTÉE »

​L’Algérie est l’un des rares pays à pouvoir offrir à l’Afrique une alternative réelle : un partenariat sans ingérence, basé sur le développement industriel lourd et non sur la rente financière.

​AXE 1 : LE CORRIDOR DE LA PUISSANCE (RAIL – ROUTE – MER)

​Face au « Canal Marocain » (de transit), l’Algérie bâtit le « Corridor de la Production ».

  • Le Rail Transsaharien (L’Arme Fatale) : C’est l’atout stratégique majeur que ni le Maroc ni ses alliés ne peuvent copier.
    • Le Projet Concret : Le lancement effectif de la ligne ferroviaire Gara Djebilet – Béchar (950 km) démontre la capacité de l’Algérie à projeter du rail dans le désert. Il faut prolonger cette logique vers le Sud.
    • L’Enjeu : Le train permet le transport de masse à bas coût. Il ancre physiquement l’économie du Sahel à la Méditerranée algérienne, rendant le transport routier concurrent obsolète sur les longues distances.
  • La Façade Maritime Commune (Cherchell, Djen Djen, Oran, Annaba) : Il ne faut plus raisonner en termes de « ports algériens » mais de « façade maritime du Sahel ».
    • ​Le futur port de Cherchell doit être vendu politiquement comme le hub mondial de la région.
    • ​Mais c’est tout le système portuaire national qui doit être mis à disposition des pays enclavés, offrant une « autoroute bleue » plus rapide vers l’Europe et l’Asie.

​AXE 2 : BRISER L’ISOLEMENT PAR L’AXE « G3 »

​L’Occident utilise le Maroc pour diviser l’Afrique. L’Algérie doit unir les poids lourds.

  • Alliance Alger – Abuja – Pretoria : En consolidant cet axe avec le Nigéria et l’Afrique du Sud, l’Algérie crée un bouclier politique.
    • La Preuve par l’Exemple : L’efficacité de cet axe s’est illustrée lors du sommet de l’Union Africaine en 2023, où la coordination Alger-Pretoria a abouti à l’expulsion de la délégation israélienne, malgré le lobbying intense du Maroc. C’est la preuve que lorsque les « Grands » s’unissent, les manœuvres d’entrisme échouent.

​AXE 3 : L’OFFENSIVE INDUSTRIELLE ET ÉNERGÉTIQUE

​Le modèle adverse est tertiaire (banques) et volatile. Le modèle algérien doit être secondaire (industriel) et durable.

  • L’Énergie comme levier d’indépendance : Utiliser le gaz du TSGP pour industrialiser le Sahel. Créer des zones franches à la frontière où l’Algérie fournit l’énergie pour transformer les matières premières sur place.
  • Synergie Mines-Rail : Offrir aux pays voisins un pacte de co-développement : « Vos minerais, notre rail, notre énergie, notre transformation commune ».

​AXE 4 : MOBILISER L’AVANT-GARDE DU MONDE MULTIPOLAIRE

​Face au bloc monolithique occidental qui utilise le Maroc comme relais, l’Algérie ne doit pas rester isolée. Elle doit se positionner comme le pivot africain de la contestation mondiale de l’unipolarité, en mobilisant les acteurs stratégiques qui partagent cette vision (Chine, Russie, BRICS+).

  • Converger pour casser le monopole occidental :
    • ​L’objectif n’est pas de changer de tutelle, mais de créer un contrepoids systémique. L’Algérie doit offrir aux pays du Sahel une alternative aux institutions financières (FMI/Banque Mondiale) et aux alliances militaires occidentales.
    • L’Action : S’appuyer sur la puissance de la Chine (pour les infrastructures) et de la Russie (pour la sécurité) non pas comme des aides bilatérales, mais comme des leviers pour bâtir un ordre régional souverain.
  • L’Algérie comme interface du « Sud Global » :
    • ​Le projet marocain est une extension de l’axe Atlantique (OTAN). Le projet algérien doit être l’extension de l’axe Eurasien et du Sud Global.
    • L’Action : Connecter physiquement (via le rail et les ports) et politiquement l’Afrique centrale aux Nouvelles Routes de la Soie. Faire d’Alger la porte d’entrée d’un monde où les échanges se font sans diktats politiques, renforçant ainsi le camp de ceux qui refusent l’hégémonie.

​CONCLUSION : LE CHOIX DE L’AFRIQUE

​Nous sommes à un tournant historique. Deux modèles s’affrontent sur le continent.

​D’un côté, un modèle agile mais sous tutelle, qui sert de tête de pont aux intérêts occidentaux cherchant à maintenir leur rente via une nouvelle interface locale.

De l’autre, le modèle algérien, puissant et souverain, qui propose une intégration physique par le béton, l’acier du rail et l’industrie lourde, soutenue par l’immense vague mondiale qui réclame un monde multipolaire.

​L’Algérie ne doit pas avoir peur de nommer les choses. En déployant sa stratégie, elle ne combat pas seulement la concurrence d’un voisin, elle combat une tentative de recolonisation économique du continent. La victoire passera par la clarté de notre vision : L’Afrique aux Africains, connectée par Alger.

Lyes Mihoubi

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