lundi, 26 janvier, 2026

Des défenseurs des droits humains alertent sur un démantèlement systématique de l’enseignement public au Maroc et exigent la garantie de la qualité et de la gratuité

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Des défenseurs des droits humains alertent sur un démantèlement systématique de l’enseignement public au Maroc et exigent la garantie de la qualité et de la gratuité

L’Association marocaine des droits humains (AMDH) a tiré la sonnette d’alarme face à ce qu’elle qualifie de démantèlement méthodique de l’enseignement public au Maroc, appelant l’État à rompre immédiatement avec ses politiques visant à déconstruire l’école et l’université publiques, à marchandiser leurs services et à transformer l’éducation d’un droit constitutionnel en un instrument de discrimination, d’exclusion et d’aggravation des inégalités sociales et territoriales.

Dans un communiqué publié à l’occasion de la Journée internationale de l’éducation, l’Association a mis en garde contre la gravité des reculs continus que connaît ce secteur vital, lesquels ont, selon elle, sapé le droit d’accès à une éducation publique moderne et de qualité. Une situation que reflète le classement du Maroc à la 110ᵉ place mondiale en matière d’éducation, selon le rapport de l’Indice mondial de la justice.

L’AMDH a également relevé l’existence d’un fossé grandissant entre le discours officiel de l’État sur la « réforme de l’éducation » et la réalité des pratiques sur le terrain, que ce soit dans l’enseignement scolaire, l’enseignement supérieur ou les domaines de la recherche scientifique et de l’innovation, estimant que cet écart traduit un échec structurel dans la gestion des politiques éducatives.

Dans ce contexte, l’Association s’est arrêtée sur plusieurs indicateurs préoccupants, notamment la persistance de la non-généralisation de l’enseignement préscolaire et la situation précaire des travailleuses et travailleurs du secteur, conséquence du désengagement de l’État de ses responsabilités directes et de la délégation de la gestion de ce domaine à des associations, en l’absence de conditions de travail décentes et de stabilité professionnelle.

Au niveau des infrastructures et des ressources humaines, la plus grande organisation de défense des droits humains au Maroc a constaté la persistance du problème de la surpopulation des classes et des classes à niveaux multiples, le déficit aigu en cadres administratifs et pédagogiques, ainsi que le manque criant d’équipements essentiels tels que les laboratoires, les cantines scolaires, les internats, les maisons de l’étudiante et les cités universitaires. Elle a également pointé l’absence d’infrastructures sanitaires et de transport scolaire, en particulier en milieu rural.

L’Association a critiqué ce qu’elle a qualifié d’échec structurel des politiques éducatives, qui se manifeste, selon le communiqué, par l’incapacité des projets ministériels imposés d’en haut, tels que les « établissements pionniers », à produire un changement tangible, ainsi que par l’incapacité de l’État, malgré la succession des gouvernements, à garantir pleinement le droit à l’éducation et à protéger les enfants contre le fléau de l’abandon et du décrochage scolaires.

Elle a attiré l’attention sur les chiffres « alarmants » liés à la déperdition scolaire, faisant état de plus de 1,5 million d’enfants hors du système éducatif, auxquels s’ajoutent environ 300 000 nouveaux enfants chaque année, dans un contexte marqué par la persistance de la faible qualité de l’enseignement, l’insuffisance des compétences de base et l’aggravation des discriminations territoriales et linguistiques.

Face à cette situation, l’AMDH a appelé l’État marocain à respecter effectivement ses engagements nationaux et internationaux, ainsi que les normes onusiennes qui imposent la garantie de l’éducation en tant que service public fondé sur la gratuité, l’accessibilité, l’acceptabilité et la qualité, et à assumer pleinement sa responsabilité dans sa mise à disposition et son amélioration.

L’Association a de nouveau tiré la sonnette d’alarme contre la succession des étapes de ce qu’elle a qualifié de « processus de sabotage de l’enseignement public », et contre les conséquences qui en découlent en privant de larges franges de la société d’un droit fondamental, en raison de politiques éducatives qu’elle juge rétrogrades et dictées par les institutions financières internationales. Elle a également dénoncé l’ensemble des programmes et politiques consacrant la discrimination entre les secteurs public et privé, ainsi qu’entre les territoires.

Enfin, l’AMDH a fustigé l’insistance du ministère de tutelle à faire passer les projets de loi n° 59.24 relatif à l’enseignement supérieur et à la recherche scientifique, et n° 59.21 relatif à l’enseignement scolaire, mettant en garde contre leurs effets néfastes sur l’école publique et l’autonomie de l’université, et appelant à leur retrait et à leur renvoi à une véritable table de concertation fondée sur une approche participative réelle impliquant l’ensemble des acteurs et parties concernées.

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