À l’occasion du septième décennat de l’accord de transfert de la région du Rif du protectorat espagnol sous le contrôle du Royaume du Maroc en 1956, le débat politique et juridique s’enflamme de nouveau autour de la légitimité de cette situation. Le Parti National Rifain (PNR) a lancé un cri retentissant face à la communauté internationale, considérant que le rattachement du Rif au Maroc s’est fait par une « décision venue d’en haut » et sans consultation libre du peuple rifain, créant ainsi une problématique historique et morale que le passage du temps n’a fait que complexifier. La revendication aujourd’hui de « l’autodétermination » n’est pas un simple slogan, mais un appel à corriger une trajectoire politique bâtie sur « l’ignorance » de la volonté d’un peuple doté de sa propre singularité et de son histoire résistante.
Le péché de 1956 : quand le destin du Rif fut engagé dans des chambres obscures
Le Parti National Rifain estime que ce qui s’est produit il y a 70 ans était un « coup d’État » contre la volonté populaire ; le destin politique du Rif ayant été décidé sans référendum ni aucun mécanisme démocratique garantissant l’expression des aspirations de ses habitants. Cette exclusion systématique a fait de la commémoration de l’accord hispano-marocain une « amertume » dans la mémoire collective des Rifains, qui se sont retrouvés sous une autorité centrale à Rabat ne reconnaissant pas leur spécificité culturelle et politique, et traitant leur région selon une logique de « contrôle sécuritaire » plutôt que de développement et de dignité.
L’autodétermination : un droit juridique qui ne s’éteint pas par prescription
L’affirmation du Parti dans un communiqué coïncidant avec le 70e anniversaire de l’accord conclu entre l’Espagne et le Maroc pour le transfert de la zone du Rif au Royaume, soulignant que « le moment est venu d’ouvrir un nouvel horizon pour la vérité et la responsabilité », reflète la maturité du discours politique rifain qui s’appuie sur les dispositions du droit international. Le Parti n’appelle pas à la violence, mais interpelle les acteurs diplomatiques et académiques pour contribuer à une réflexion sérieuse garantissant aux Rifains l’exercice libre de leurs droits collectifs. L’exercice du droit de choisir son destin par des moyens pacifiques est l’unique issue pour mettre fin à des décennies de « marginalisation systématique » et d’arrestations politiques ayant touché les symboles du Hirak du Rif, lesquelles ont prouvé que l’approche makhzenienne est arrivée à une impasse.
Du cri de la mémoire vers l’horizon de la liberté
L’appel du Parti à rendre justice au peuple rifain intervient dans un contexte régional et international marqué par l’émergence des identités nationales et du droit des peuples à la souveraineté sur leurs terres. La dignité réclamée par les Rifains n’est une faveur de personne, mais un droit immuable de choisir un avenir politique, social et économique loin de la tutelle du Makhzen, qui a prouvé son échec à absorber la diversité et la différence. Une lecture équitable de l’histoire exige de reconnaître que le Rif, qui a fondé une république pionnière dans les années vingt du siècle dernier sous la direction du Cheikh Mohand Abdelkrim El Khattabi, ne peut demeurer une « annexe » administrative dirigée par des instructions sécuritaires.
En conclusion de son communiqué, le Parti National Rifain a souligné que la cause rifaine est entrée dans une nouvelle phase d’« internationalisation » juridique et politique. Il a indiqué que l’indifférence de la communauté internationale face aux revendications d’un peuple ayant souffert des gaz toxiques autrefois, et de l’oppression et de la marginalisation récemment, est une tache de honte sur le front de la justice internationale. Le message adressé à Rabat et au monde est clair : « On ne peut continuer à ignorer la volonté d’un peuple qui refuse la dépendance et réclame son droit naturel à l’autodétermination ». Le monde répondra-t-il à l’appel de la justice historique, ou les vents du Rif continueront-ils de souffler vers une confrontation inévitable avec un régime qui refuse de reconnaître la vérité ?
