mercredi, 4 mars, 2026

La bataille de la demi-sœur juive de Mohammed VI arrive aux États-Unis à la recherche de l’ADN que le Maroc refuse de fournir

Published on:
La bataille de la demi-sœur juive de Mohammed VI arrive aux États-Unis à la recherche de l’ADN que le Maroc refuse de fournir

Le combat de Jane Benzaquen contre le silence du palais alaouite vient de traverser l’Atlantique. Après des décennies de questions sans réponse et plusieurs années de contentieux en Belgique, la femme qui affirme être la fille biologique de Hassan II, père de l’actuel monarque alaouite Mohammed VI, a activé une nouvelle voie judiciaire aux États-Unis afin d’obtenir les preuves génétiques que le Maroc refuse de communiquer.

Le dernier épisode de cette bataille juridique, qui met mal à l’aise la Maison royale marocaine et interroge les limites de son inviolabilité, se joue désormais devant les tribunaux fédéraux américains. L’objectif est clair : accéder à des échantillons d’ADN conservés dans des hôpitaux de New York, issus de visites médicales effectuées par le roi du Maroc de l’époque, afin d’établir, devant la justice belge, la paternité du défunt.

« Le Royaume du Maroc a introduit une opposition de tiers contre la décision ayant annulé la paternité de Raoul Jossart à l’égard de notre cliente, ce qui nous a permis d’engager une action en recherche de paternité », expliquent des sources du cabinet de Benzaquen dans des déclarations à El Independiente. Cette manœuvre maintient la procédure en suspens jusqu’à l’issue des poursuites pénales engagées par Rabat contre la plaignante.

Anita aux côtés de sa fille Jane.

Le front belge et la voie américaine

L’annulation de la filiation officielle — qui, pendant des décennies, attribuait à Benzaquen un père belge qui ne l’était pas — a ouvert la voie à une procédure judiciaire à forte charge politique et symbolique. En Belgique, où elle réside actuellement, une action directe en recherche de paternité est en cours contre la famille royale marocaine. Le calendrier judiciaire est long : les écritures continuent d’être échangées et une audience de contrôle procédural a été fixée à avril 2027.

Parallèlement, l’équipe juridique de Benzaquen a choisi d’internationaliser l’affaire. Le mois dernier, des requêtes ont été déposées devant la justice américaine pour accéder à des échantillons biologiques qui, selon sa défense, auraient été conservés à la suite d’une hospitalisation de Hassan II aux États-Unis. L’objectif est de les verser au dossier de la procédure belge et de briser le blocage imposé par Rabat.

Le silence du palais

Le principal obstacle demeure le refus catégorique de la Maison royale marocaine de toute expertise génétique. Ses avocats invoquent l’immunité de juridiction pour les descendants de Hassan II et ont répondu à la plainte par des actions pénales et une stratégie de discrédit.

« Ils n’ont jamais vraiment nié la relation. Ils ne sont pas contents, mais je demande seulement à être acceptée », regrettait Benzaquen dans une interview accordée à El Independiente il y a un an et demi. « Ils pourraient m’appeler demain, m’inviter à prendre un café à Paris et reconnaître que je suis leur sœur. Cela me suffirait. Je n’irai pas vivre au palais et je ne serai pas une princesse marocaine », expliquait-elle.

Benzaquen insiste sur le fait qu’elle ne recherche ni compensations financières ni reconnaissance institutionnelle. « J’ai 70 ans et j’ai fait ma vie. Je ne pense pas qu’il me reste beaucoup d’années et je veux seulement savoir à quoi j’appartiens et mettre fin au sentiment qui m’a accompagnée toute ma vie : celui qu’on ne m’a pas dit la vérité. »

Une identité traversée par trois religions

Juive par sa mère, musulmane par son père et élevée dans un environnement chrétien en Belgique, Jane Benzaquen incarne une trajectoire qui défie les cadres du récit officiel du palais alaouite. Pour elle, cette complexité identitaire n’est pas un problème, mais un fait.

« Que je sois juive et que Hassan II ait été un roi musulman ne change rien », souligne-t-elle. « Aux yeux du judaïsme, je suis juive par ma mère. Et aux yeux de l’islam, musulmane par mon père. Et j’ai grandi jusqu’à l’âge de 13 ans dans un village chrétien belge. C’est ma vie », confiait-elle dans l’entretien cité.

Sa demande, insiste-t-elle, n’est ni politique ni religieuse. « Je pense que, en tant qu’enfant que j’ai été, je n’aurais pas dû être punie parce que ma mère avait eu une relation avec celui qui deviendrait le roi du Maroc. Je veux seulement savoir que j’ai un père. »

Alors que les tribunaux belges se préparent à une procédure qui durera encore des années, la bataille est entrée dans une nouvelle phase. Et cette fois, elle se joue loin de Rabat, aux États-Unis, où la science médico-légale pourrait devenir le facteur décisif. Il y a un an et demi, lorsque Benzaquen avait accepté de parler à ce journal, elle se disait sûre de la victoire : « Nous allons gagner. Nous sommes déjà allés très loin. Nous avons parcouru un long chemin et la vérité finira par triompher. »

Lien permanent : https://dzair.cc/9d0p Copier

Read Also