L’escalade croissante du discours de l’extrême droite française à l’égard de l’Algérie n’a pas produit les résultats escomptés par ses promoteurs. Elle s’est au contraire transformée, au vu d’indicateurs économiques et commerciaux explicites, en un facteur d’affaiblissement direct de l’influence française dans l’un de ses principaux bastions géopolitiques en Afrique du Nord. Au lieu de faire pression sur Alger, la confrontation verbale et politique a révélé le coût élevé payé par Paris, tant sur les plans économique que stratégique.
Au cours des derniers mois, l’extrême droite française a épuisé l’ensemble de son « arsenal » politique contre l’Algérie : appels à la révision des accords migratoires, glorification du passé colonial, mobilisation de figures médiatiques et intellectuelles notoirement hostiles à l’Algérie, sans oublier l’instrumentalisation de dossiers sensibles tels que l’immigration et le Sahara occidental. Cette escalade, au caractère essentiellement démonstratif, n’a cependant produit que des effets contre-productifs.
Les chiffres des échanges commerciaux pour l’année 2025 font état d’une chute brutale du volume des échanges bilatéraux de 12,3 %, portant un coup sévère aux intérêts français, d’autant plus que l’Algérie a toujours été considérée comme un marché traditionnel et stratégique pour Paris. Ce recul ne relève pas d’un simple épisode conjoncturel, mais traduit une réorientation plus profonde des partenariats économiques algériens.
L’impact le plus marquant s’est manifesté dans le secteur céréalier, où les exportations françaises de blé vers l’Algérie se sont effondrées de manière spectaculaire, enregistrant une baisse de 98,6 %, passant d’environ 300 millions d’euros à seulement 4 millions d’euros au cours du premier semestre 2025. En conséquence, la France fait aujourd’hui face à son plus haut niveau de stocks de blé invendus depuis plus de vingt ans, estimés à près de quatre millions de tonnes, dans un contexte de perte du marché algérien et de recul de la demande mondiale, notamment en provenance de la Chine.
Les pertes ne se sont pas limitées au blé, mais ont également touché les secteurs du lait et des produits pharmaceutiques, où les entreprises françaises ont enregistré des pertes se chiffrant en milliards d’euros au cours des dernières années. Bien qu’environ six mille entreprises françaises poursuivent leurs activités en Algérie, elles se heurtent à un isolement réglementaire croissant, les grandes adjudications privilégiant désormais des partenaires italiens, allemands, turcs et chinois.
Parallèlement, l’Algérie a engagé une nouvelle approche pragmatique dans ses relations économiques, tirant parti des tensions avec Paris pour redessiner la carte de ses partenariats internationaux. L’Italie s’est ainsi imposée comme un partenaire majeur dans les domaines de l’énergie et de la technologie, avec un volume d’échanges commerciaux atteignant neuf milliards d’euros en seulement huit mois en 2025, et une hausse de 11,7 % des exportations italiennes vers l’Algérie.
La Chine a, de son côté, renforcé sa présence en portant le volume de ses investissements à sept milliards de dollars, répartis sur quarante-deux grands projets industriels, tandis que de grandes entreprises américaines, dont ExxonMobil, ont fait leur entrée pour le développement des gisements de gaz de schiste et de pétrole. Cette orientation illustre le basculement de l’Algérie vers une logique de diversification des partenariats dans un monde multipolaire, rompant avec la dépendance historique à l’axe français.
Ces données révèlent que l’Algérie ne se considère plus contrainte de passer par la « porte de Paris », mais s’emploie désormais à consolider une souveraineté économique fondée sur un partenariat d’égal à égal, rejetant toute forme de chantage politique. À l’inverse, l’extrême droite française, en s’enfermant dans un discours de haine et de polarisation, a contribué, sans l’avoir anticipé, à accélérer le désengagement économique avec l’Algérie, rendant — selon plusieurs observateurs — un service stratégique involontaire aux intérêts nationaux algériens.
