Dans les couloirs des Nations unies, les discussions s’enflamment depuis plusieurs jours autour du projet de résolution américain relatif au renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO).
Les informations en provenance de New York indiquent qu’un vote décisif pourrait intervenir dans les prochaines heures, sur fond de profondes divisions au sein du Conseil de sécurité entre les États soutenant le plan marocain « d’autonomie » et ceux attachés au principe du droit à l’autodétermination.
Les États-Unis, promoteurs d’un projet contesté
Les États-Unis, auteurs du texte, poursuivent la voie tracée depuis l’administration Trump, en cherchant à imposer la proposition marocaine comme « l’unique option réaliste ».
La Russie et la Chine, appuyées par des pays comme l’Algérie, l’Afrique du Sud et la Slovénie, tentent d’empêcher l’adoption d’un texte qui viderait de sa substance le processus onusien fondé sur la tenue d’un référendum permettant au peuple sahraoui de choisir librement son avenir.
L’Algérie, la voix de la légitimité face à la logique de la force
L’Algérie, forte de sa mémoire de lutte contre le colonialisme français, considère la question du Sahara occidental non pas comme un simple dossier frontalier ou régional, mais comme une cause de principe touchant au cœur même de l’ordre international basé sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Selon des sources diplomatiques algériennes, toute solution qui n’inclurait pas un référendum libre et global serait « nulle politiquement et moralement », car elle transformerait les Nations unies d’un garant des peuples en un instrument de légitimation de l’occupation.
Ces mêmes sources indiquent que l’Algérie a intensifié ses démarches au sein de l’Union africaine ainsi qu’avec ses partenaires d’Asie et d’Amérique latine afin de bâtir un front commun contre toute « résolution tronquée » qui viderait la MINURSO de sa raison d’être.
Le plan de Washington : un héritage encombrant de l’ère Trump
Le projet américain actuel s’inscrit dans la continuité de la décision prise sous Donald Trump, qui avait reconnu, dans le cadre d’un accord politique avec Rabat, la prétendue « souveraineté marocaine sur le Sahara occidental » en échange de la normalisation des relations entre le Maroc et l’entité sioniste.
Cet héritage, que l’administration Biden tente de reformuler dans un langage plus diplomatique, reste en réalité aligné sur la position marocaine, en mettant l’accent sur « l’option de l’autonomie » et en évacuant la question essentielle du droit à l’autodétermination.
Selon les observateurs, Washington instrumentalise le dossier sahraoui comme levier d’influence en Afrique du Nord, dans le cadre de sa rivalité stratégique avec la Chine et la Russie. Pour eux, « la question du Sahara est passée du statut de dossier de décolonisation à celui de champ de compétition géopolitique entre grandes puissances ».
La France, partenaire silencieux et soutien discret de Rabat
Comme à son habitude, Paris se cache derrière des formules diplomatiques feutrées tout en œuvrant, en coulisses, à faire adopter le texte américain.
La France, alliée traditionnelle du Maroc au sein du Conseil de sécurité, justifie sa position par « la nécessité du réalisme politique ».
Mais selon plusieurs sources onusiennes, la diplomatie française aurait rédigé les passages les plus controversés du projet, ceux qui présentent l’autonomie comme « la solution essentielle et pragmatique ».
L’Algérie, pour sa part, dénonce ce parti pris comme une nouvelle illustration de la politique du deux poids deux mesures, qui mine la crédibilité de l’ONU dans la gestion des conflits africains.
Une opposition croissante au sein du Conseil
Plusieurs États, parmi lesquels la Russie, la Chine, la Slovénie, la Corée du Sud et la Guyane, ont exprimé leurs réserves sur le texte américain.
Leurs représentants soulignent qu’« aucune solution ne saurait être envisagée en dehors des résolutions précédentes du Conseil de sécurité et de la volonté du peuple sahraoui ».
Une voix depuis Tindouf : « La dignité n’est pas négociable »
Dans les camps de réfugiés de Tindouf, de vastes manifestations ont eu lieu pour dénoncer la tentative américaine de légitimer l’occupation.
Les manifestants ont scandé que « la dignité ne s’échange pas dans des accords politiques ».
La direction du Front Polisario a réaffirmé que tout projet excluant l’option de l’indépendance « serait une trahison de l’histoire des Nations unies », rappelant que la MINURSO a été créée pour organiser un référendum, non pour justifier une occupation.
L’ONU à l’épreuve de sa propre crédibilité
Les observateurs s’accordent à dire que le vote à venir constituera un test décisif pour la capacité des Nations unies à défendre leurs principes fondateurs.
Si le texte américain venait à être adopté dans sa forme actuelle, l’organisation serait accusée de mener une « décolonisation inversée », conférant la légitimité à l’occupant au lieu de le sanctionner.
Cinquante ans d’attente… et un peuple toujours privé de son droit
Un demi-siècle après la mise en scène du régime marocain baptisée à tort « Marche verte », le dossier du Sahara occidental demeure enlisé dans un cycle d’attentes et de promesses non tenues.
Pour Alger, la solution ne réside pas dans la reconfiguration de l’occupation sous un nouveau visage, mais dans le retour à la source : le droit du peuple sahraoui à décider de son avenir, comme l’a fait un jour le peuple algérien, par la lutte et par la légitimité internationale.
