Dans un geste qui confirme le basculement radical de la carte des alliances euro-méditerranéennes, la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a atterri à Alger ce 24 mars 2026. Cette visite, intervenant dans un timing géopolitique crucial, dépasse le cadre d’une simple signature d’accords commerciaux. Elle annonce officiellement la naissance d’un « axe stratégique » solide, plaçant l’Italie au cœur de l’équation énergétique européenne et l’Algérie comme partenaire indispensable à la sécurité nationale du Vieux Continent.
1. Le « Plan Mattei » : Du rêve italien à la réalité algérienne Le « Plan Mattei » (Piano Mattei) constitue l’épine dorsale de ce déplacement. Rome aspire à transformer son territoire en une « plateforme énergétique » (Hub) reliant les vastes gisements algériens aux industries allemandes et d’Europe centrale. Pour Meloni, l’Algérie n’est pas un simple fournisseur de gaz ; c’est le partenaire qui a offert à l’Italie la « souveraineté énergétique » qui lui manquait depuis des décennies. Les discussions d’aujourd’hui se sont concentrées sur le développement de futurs pipelines d’hydrogène (SoutH2 Corridor) et l’investissement dans les énergies renouvelables, inscrivant cette coopération dans la durée.
2. Italie et Espagne : Divergence des trajectoires sur l’échiquier méditerranéen On ne peut lire cette visite sans l’isoler de la tension persistante entre Alger et Madrid. Alors que Rome a réussi à bâtir une relation fondée sur le respect mutuel et les intérêts partagés, Madrid subit encore les contrecoups de sa crise diplomatique avec l’Algérie. Ce contraste a offert à l’Italie une opportunité en or de dépasser ses concurrents européens et d’obtenir des parts de marché et des préférences stratégiques, devenant ainsi le premier partenaire européen privilégié de l’Algérie.
3. Sécurité, Migration et Sahel : Une alliance au-delà des pipelines Outre le gaz, les dossiers de sécurité régionale figurent en tête des priorités. L’Italie sait que sa stabilité est liée à celle du Sahel et de la Libye, des dossiers dont l’Algérie détient les clés. La coordination sécuritaire et la lutte contre la migration clandestine sont désormais gérées d’une seule voix entre les deux pays, sur la base du principe « développement contre stabilité », un modèle que Meloni promeut à l’international comme un exemple réussi de coopération « Nord-Sud ».
Conclusion : La visite de Meloni aujourd’hui est l’annonce d’une nouvelle ère de pragmatisme politique, où les ambitions italiennes de leadership européen rencontrent les orientations algériennes d’affirmation de sa souveraineté économique. Cette alliance, à la fois flexible et robuste, est appelée à être le principal moteur de stabilité dans le bassin méditerranéen pour les années à venir.
