À la lumière des récentes révélations issues de documents américains rendus publics, croisées avec plusieurs enquêtes médiatiques concordantes, le nom du Maroc refait surface dans le débat international — non pas en tant qu’État ou société, mais en tant que système de pouvoir fermé — au cœur de dossiers liés aux réseaux d’influence transnationaux. Non pas parce que ces documents établissent des culpabilités judiciaires individuelles, mais parce qu’ils soulèvent de lourdes interrogations politiques et éthiques sur la nature des relations tissées par les cercles décisionnels, et sur le prix que le pays et son image paient lorsque l’État est gouverné selon la logique du palais plutôt que celle de la transparence et de la reddition de comptes.
Les dossiers publiés font état de contacts et de rencontres officiellement déclarés entre Jeffrey Epstein et des personnalités liées à la sphère du pouvoir au Maroc, comme l’indiquent des correspondances formelles et des rapports d’échange d’informations. Ces éléments, quelles que soient les tentatives de minimisation, ne peuvent être dissociés du contexte général qui structure les relations du Makhzen avec les réseaux internationaux de pouvoir et de capitaux, où la proximité avec le palais est présentée comme un laisser-passer vers les capitales décisionnelles et les centres d’influence, sans considération réelle pour les coûts politiques ou éthiques.
Plus préoccupant que les faits isolés eux-mêmes est le mode de gouvernance qui permet à de telles relations d’exister en dehors de tout contrôle institutionnel, de toute supervision parlementaire ou même de débat public. Lorsque la politique étrangère et les contacts sensibles sont gérés selon une logique personnalisée plutôt qu’étatique, c’est l’ensemble du pays qui se retrouve otage de la réputation d’un cercle restreint, et les « relations privées » se transforment en un fardeau national. Dans ce cadre, certains responsables, anciens ou actuels, apparaissent non comme des accusés, mais comme des maillons d’un réseau de pouvoir échappant à toute responsabilité interne.
Les documents mettent également en lumière l’ampleur du réseau international d’Epstein, impliquant des figures issues des sphères politique, financière et médiatique, ce qui relance une question fondamentale : comment le Makhzen a-t-il pu se permettre de s’approcher de cercles entachés de scandales ? Et comment les couvertures de la « diplomatie » ou des « relations culturelles » ont-elles été mobilisées pour justifier des interactions qui, dans un État respectueux de lui-même, auraient dû faire l’objet d’un examen rigoureux et d’une extrême prudence ?
Ces affaires s’inscrivent dans une logique plus large de gestion de l’image extérieure du Makhzen : recours intensif aux lobbies, promotion de narratifs politiques par des canaux opaques, et primauté des loyautés personnelles sur les intérêts stratégiques de long terme. Le résultat est que le Maroc se retrouve, à répétition, mêlé à des dossiers internationaux embarrassants qui ne servent ni son peuple ni ses priorités nationales, mais reflètent les choix d’une élite étroite protégée par le silence officiel.
Réduire ces éléments à une simple « campagne » ou à une « tentative de déstabilisation » relève d’une fuite en avant. Le problème est plus profond : il s’agit d’une crise de gouvernance avant d’être une crise d’image. Un État souverain ne tolère pas que son nom soit associé à des réseaux douteux, ni que l’opinion publique internationale pose les questions que le régime refuse d’affronter à l’intérieur.
En définitive, ce débat n’accuse ni le peuple marocain ni sa société, mais place le Makhzen dans le box des accusés politiques et moraux. Car lorsque les portes de la reddition de comptes se ferment à l’intérieur, les fenêtres des scandales s’ouvrent à l’extérieur — une équation qu’aucun régime ne peut gagner sur le long terme.
