La scène de colère de l’historien Benjamin Stora sur le plateau de France Info n’était pas une simple réaction académique passagère, mais une « séquence révélatrice » de la profondeur de la crise qui traverse les sphères médiatiques et politiques françaises à l’égard de l’Algérie. Lorsqu’un historien ayant consacré un demi-siècle à exhumer les douleurs de la mémoire — entre « crânes de résistants » et « influenceurs des réseaux » — se voit opposer par les médias français la seconde option, nous sommes face à une tentative méthodique de « dilution des enjeux souverains » et de transformation du conflit mémoriel en un « bruit numérique » dérisoire.
Fuir les « impératifs de mémoire »
L’insistance de l’animateur français à introduire le nom d’un « influenceur » fugitif et controversé, Amir DZ, dans un débat sur les relations bilatérales, constitue un aveu implicite d’incapacité à affronter les dossiers soulevés par Stora : essais nucléaires, disparus et crânes de résistants. Ce sont ces questions qui hantent le « lobby » français encore prisonnier d’un regard colonial sur l’Algérie, trouvant dans la « futilité » un refuge pour échapper aux impératifs d’excuses et de réparations morales et matérielles.
Les significations de la « gifle » de Stora à l’extrême droite française
Cet épisode intervient à un moment sensible où les relations algéro-françaises connaissent des tensions autour des dossiers mémoriels. L’« insurrection » de Stora — conseiller proche de l’Élysée sur ce dossier — signifie clairement :
-
L’échec de la politique d’« endiguement doux » : l’Algérie n’accepte plus les « demi-solutions » ni les contournements des dossiers lourds par la fabrication de polémiques marginales.
-
La mise à nu de la « fabrication d’opposition virtuelle » : l’allusion explicite de Stora aux « influenceurs de Dubaï » et aux avantages qui leur seraient accordés pour servir certaines agendas révèle la pertinence des mises en garde de l’État algérien contre des « guerres de quatrième génération » menées depuis des capitales où se croisent intérêts français et marocains pour déstabiliser l’intérieur.
L’histoire ne s’écrit pas avec des « likes »
Stora a réhabilité l’université et la recherche scientifique, en prononçant un verdict sévère mais juste : « l’influenceur n’est pas plus important que les crânes ». Message adressé à la France officielle : tenter de substituer au « dialogue d’État à État » un « investissement dans les influenceurs » est un pari perdant qui ne fera qu’élargir le fossé entre les deux pays.
L’Algérie d’aujourd’hui, par ses institutions et son poids régional, impose sa propre agenda : une agenda fondée sur la réciprocité et l’ouverture des dossiers occultés. Quant à ceux qui misent sur la « manipulation des consciences » via des écrans orientés, ils ont été désavoués par l’un des leurs, rappelant que des centaines de milliers de victimes ne sauraient être troquées contre une « tendance » éphémère ou un influenceur rémunéré.
Le masque est tombé sur certains médias français qui tentent maladroitement de « réduire » l’immensité de l’histoire de la Révolution algérienne à des figures caricaturales. La position de Stora constitue ainsi une victoire des faits que Paris cherche à enfouir, et confirme que la voie de la réconciliation avec l’Algérie passe par une « reconnaissance sincère » — non par la « fabrication de la futilité ».
