samedi, 17 janvier, 2026

L’Iran face à la guerre potentielle : contestation intérieure et scénarios ouverts entre pression et dissuasion

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L’Iran face à la guerre potentielle : contestation intérieure et scénarios ouverts entre pression et dissuasion

Le dossier iranien revient avec force au premier plan de la scène régionale et internationale, dans un contexte de chevauchement complexe entre des troubles internes croissants et un climat régional lourd de menaces militaires. Les indicateurs politiques, sécuritaires et médiatiques ne laissent plus entrevoir une crise passagère, mais bien une phase d’extrême sensibilité, au cours de laquelle se posent des interrogations majeures sur l’avenir de la stabilité en Iran et sur les risques de glissement de la région vers une confrontation ouverte, menée par les États-Unis et « Israël » sous des intitulés multiples, allant de la sécurité aux droits de l’homme.

Sur le plan intérieur, l’Iran traverse l’une des périodes les plus complexes de ces dernières années. À la fin de l’année 2025 et au début de 2026, l’aggravation de la crise économique a déclenché une vague de protestations d’ampleur, alimentée par une inflation avoisinant les 40 %, une chute accélérée de la valeur du rial et une érosion généralisée du pouvoir d’achat. Cette fois, l’étincelle n’était pas, en apparence, de nature politique : elle est partie du cœur du marché, des commerçants du bazar et de catégories sociales qui ont longtemps constitué un relatif amortisseur pour le régime. Toutefois, la dimension économique s’est rapidement mêlée à des slogans politiques, ravivant les discours hostiles au pouvoir et rouvrant des blessures restées béantes depuis les manifestations de 2022, connues sous le slogan « Femme, Vie, Liberté ».

Ce tableau n’est pas inédit dans l’histoire contemporaine de l’Iran. Du Mouvement vert de 2009 aux manifestations étudiantes de 1999, en passant par les protestations liées à la hausse des prix du carburant en 2019 et les vagues de mécontentement social de 2017-2018, le pays a connu des cycles récurrents de colère sociale. Si les causes immédiates varient, les résultats se ressemblent : durcissement sécuritaire, conten­tion politique limitée et maintien des causes structurelles sans traitement radical. Ce qui distingue toutefois le moment actuel réside dans la concomitance d’une pression intérieure intense et d’une escalade extérieure sans précédent par sa violence et son calendrier.

Dans ce contexte, la lecture qu’opère la direction iranienne des événements diverge profondément de l’analyse occidentale. Selon le discours officiel, les protestations ne relèvent plus d’une simple expression sociale, mais s’inscrivent dans une guerre hybride mobilisant des instruments économiques, médiatiques et numériques afin de déstabiliser le pays de l’intérieur. Dès lors, le durcissement du dispositif sécuritaire, les restrictions sur Internet et le relèvement du niveau d’alerte militaire ne peuvent être dissociés d’une évaluation stratégique considérant le front intérieur comme la première ligne de défense face aux adversaires extérieurs.

Cette perception s’articule avec des mouvements militaires significatifs, notamment l’élévation du niveau de préparation des Gardiens de la Révolution et la mise en alerte maximale des « villes de missiles » souterraines, dans un message de dissuasion explicite indiquant que Téhéran se prépare aux pires scénarios. Si la direction iranienne ne recherche pas une guerre totale, elle est consciente que toute fragilité interne pourrait être exploitée de l’extérieur pour justifier une frappe militaire ou une escalade multiforme.

De son côté, l’entité sioniste vit un état d’alerte sans précédent, du nord au sud, sur fond de craintes réelles d’une riposte iranienne d’envergure en cas d’affrontement direct. Malgré un discours hautement belliqueux, cette mobilisation révèle davantage une inquiétude qu’une réelle assurance. L’attaque iranienne précédente, et les impacts psychologiques et militaires qui l’ont accompagnée, ont ravivé des interrogations fondamentales sur l’efficacité du système de dissuasion sioniste et sur sa capacité à supporter une guerre sur plusieurs fronts.

À Washington, le tableau apparaît encore plus ambigu. Le président Donald Trump brandit l’option militaire tout en laissant entrouverte la porte des négociations. Déclarations contradictoires, réunions sécuritaires à répétition et fuites évoquant des scénarios allant de frappes militaires à des cyberattaques ou à un soutien accru à l’opposition illustrent une administration qui ne considère pas le dossier iranien comme maîtrisé, tout en redoutant le coût d’une guerre ouverte susceptible de renforcer l’unité nationale iranienne plutôt que d’affaiblir le régime.

Une question centrale s’impose alors : pourquoi revenir à la menace militaire après une guerre courte présentée comme ayant « atteint ses objectifs » ? La réponse réside dans la portée limitée de ses résultats. En dépit de la supériorité aérienne et technologique américano-sioniste, l’équation de la puissance iranienne n’a pas été fondamentalement modifiée ; ni le cœur du programme balistique ni l’influence régionale de Téhéran n’ont été sérieusement entamés. Ainsi, le discours sur le « succès » de la guerre relevait davantage d’une construction politique et médiatique destinée à contenir l’opinion publique que d’une évaluation stratégique rigoureuse.

Aujourd’hui, deux facteurs décisifs convergent : une pression intérieure perçue en Occident comme une opportunité, et une inquiétude régionale face au renforcement progressif des capacités iraniennes. Entre ces deux dynamiques, les calculs de Washington et de « Tel-Aviv » évoluent à la recherche d’une nouvelle formule de pression, sans garanties réelles quant à ses résultats.

En définitive, la région ne semble pas au seuil inévitable d’une grande guerre, mais plutôt engagée dans une phase d’usure prolongée, où la confrontation se mène par des outils composites mêlant menace militaire, guerre psychologique, pression économique et tentatives de pénétration interne. L’Iran, pour sa part, parie sur la résilience et la gestion des crises plutôt que sur une confrontation décisive, tandis que ses adversaires misent sur un épuisement à long terme susceptible de modifier les rapports de force de l’intérieur.

Entre ces deux paris, le paysage demeure ouvert à toutes les hypothèses, dans une région habituée à voir ses crises débuter par des protestations et ne s’achever qu’à travers des transformations majeures des équilibres politiques et des dynamiques de conflit.

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