À l’occasion du 50ème anniversaire de la proclamation de la RASD, Mohamed Uleida, directeur central de l’information et de l’orientation politique de l’armée sahraouie, a accordé un entretien sans concession au média El Independiente. Depuis Rabouni, il a fustigé l’ambiguïté persistante de Madrid et le récent virage du gouvernement de Pedro Sánchez en faveur du plan d’autonomie marocain.
Pour Uleida, la politique espagnole n’a pas fondamentalement changé depuis le retrait de 1976 ; elle a simplement atteint son « paroxysme » avec le soutien actuel au projet marocain. Il rappelle la responsabilité historique de l’Espagne, accusant les gouvernements successifs d’avoir « permis l’invasion du Sahara ». Preuve à l’appui, il pointe, au Musée national de la Résistance, des armes de « fabrication espagnole » capturées sur le terrain, illustrant le soutien matériel de Madrid au Maroc.
Le dirigeant du Front Polisario dénonce une rupture structurelle entre le discours des partis espagnols lorsqu’ils sont dans l’opposition et leurs actes une fois au gouvernement. Il cite l’exemple de Felipe González, qui soutenait la cause sahraouie avant d’accéder au pouvoir pour ensuite modifier radicalement sa position. « Ils soutiennent le droit du peuple sahraoui tant qu’ils n’ont pas les clés du gouvernement », déplore-t-il.
Tout en saluant les victoires juridiques devant la Cour de justice de l’UE (CJUE) concernant les accords commerciaux, Uleida met en garde l’Espagne contre les risques stratégiques de son rapprochement avec Rabat. Selon lui, cette politique pourrait se retourner contre la souveraineté espagnole elle-même (Ceuta et Melilla), affirmant que le Maroc utilise la pression migratoire et les ressources sahraouies comme des leviers de chantage permanents. Il conclut en affirmant la détermination des nouvelles générations à poursuivre la lutte jusqu’à l’indépendance totale.
