Des informations judiciaires et médiatiques concordantes révèlent une opération soigneusement orchestrée par le Makhzen marocain visant à mettre l’ancien consul de Murcie, Sidi Mohamed Beddallah, à l’abri de toute responsabilité judiciaire, après la condamnation définitive pour harcèlement sexuel, moral et professionnel à l’encontre de sa secrétaire, dans l’une des affaires les plus embarrassantes pour la diplomatie marocaine en Europe.
Dans une démarche qualifiée de tentative manifeste de contourner la justice espagnole, Beddallah, déjà condamné, a été nommé ambassadeur du Maroc au Mozambique, une nomination annoncée en mai 2025, alors même que les tribunaux espagnols avaient confirmé les faits de harcèlement et de licenciement abusif, et avaient commencé à appliquer le jugement, incluant la saisie du compte bancaire du consulat pour indemniser la victime.
Selon des sources proches du dossier, le transfert du diplomate vers l’Afrique n’était pas un simple acte administratif, mais une opération de protection politique systématique, visant à le placer hors du territoire européen et donc hors de la portée directe des décisions judiciaires espagnoles, en violation manifeste du principe de respect de l’indépendance du système judiciaire.
Le rôle de l’ambassade… et la couverture politique
L’ambassadrice du Maroc à Madrid, Karima Beniich, joue un rôle central dans cette affaire. Des sources fiables indiquent qu’elle était informée dès le départ des plaintes pour harcèlement au sein du consulat de Murcie, mais qu’elle s’est abstenue d’ouvrir toute enquête interne et n’a jamais pris contact avec la victime. Elle a choisi, selon ces sources, de fournir un soutien administratif et politique au consul.
Les informations disponibles suggèrent que l’ambassade n’a pas seulement adopté le silence, mais a exercé par la suite une pression diplomatique directe, en demandant au ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, d’intervenir pour lever la saisie bancaire, dans une tentative manifeste d’entraver l’exécution du jugement et de diluer la responsabilité juridique de l’État marocain.
Un parcours professionnel “récompense” au lieu de reddition de comptes
Fait révélateur, Beddallah, âgé de 55 ans, a reçu sa première nomination comme ambassadeur après sa condamnation en Espagne, alors qu’il avait précédemment occupé des postes consulaires à Bilbao, Murcie et Turin. Selon des organisations de défense des droits humains, cela constitue une “récompense politique plutôt qu’une sanction”, illustrant la logique de l’impunité au sein du système du Makhzen, notamment pour les hauts fonctionnaires et diplomates.
Contexte sahraoui et exploitation politique
L’affaire se complexifie en raison des origines familiales de Beddallah : marocain d’origine sahraouie, sa famille est originaire de Laâyoune-Semara, et l’un de ses frères occupe un poste diplomatique pour le Front Polisario, en tant qu’ambassadeur de la République sahraouie en Cuba, tandis qu’un autre frère détient un rôle influent au sein du Parti Authenticité et Modernité (PAM), bras politique du Makhzen.
Des observateurs estiment que l’intégration de Beddallah dans le corps diplomatique marocain relève d’un pari de communication, visant à présenter un “Sahraoui loyal” pour Rabat face aux revendications du Sahara occidental pour l’autodétermination, expliquant selon eux le traitement particulièrement indulgent de son dossier judiciaire à l’étranger.
L’image d’un État en crise
Pour les analystes, cette affaire reflète une crise profonde dans la gestion par le Makhzen des questions de droits humains et de reddition de comptes, où les loyautés politiques et le service de la narrative officielle priment sur la justice et les droits des victimes, même lorsqu’il s’agit de décisions judiciaires émises par un pays européen.
Alors que les tribunaux espagnols poursuivent l’exécution de leurs décisions, il apparaît que le Makhzen a une fois de plus choisi la fuite en avant, utilisant la diplomatie comme un bouclier contre la reddition de comptes, dans un comportement qui menace la confiance dans les engagements internationaux du Maroc et soumet ses relations avec ses partenaires européens à un test éthique et juridique sévère.
