dimanche, 5 avril, 2026

Un réseau souterrain complexe : découverte d’un second tunnel de trafic de résine de cannabis entre le nord du Maroc et Sebta

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Un réseau souterrain complexe : découverte d’un second tunnel de trafic de résine de cannabis entre le nord du Maroc et Sebta

L’opération « Ares » de la police espagnole a révélé un réseau de trafic de drogue sophistiqué opérant entre Sebta et le Maroc. S’appuyant sur une infrastructure de pointe, ce réseau utilisait un tunnel secret à plusieurs niveaux, équipé de systèmes de transport et d’isolation avancés pour acheminer de grandes quantités de marchandise sans être détecté. L’enquête, débutée en février 2025, a démontré une structure hiérarchique utilisant divers moyens de transport, des camions aux vedettes rapides. Les perquisitions ont mené à l’arrestation de 27 personnes et à la saisie de plus de 17 tonnes de drogue ainsi que d’importantes sommes d’argent. Malgré ce coup dur, les autorités estiment que l’activité dépasse les découvertes actuelles, suggérant des ramifications internationales et l’existence d’autres tunnels au sein d’un système d’ingénierie et d’organisation de haut niveau.

À Sebta l’occupée, la ville semble calme en surface, verrouillée par une barrière de fer stricte ; mais sous terre se cachait une activité illégale incessante. Derrière les murs d’un entrepôt industriel ordinaire, une entrée soigneusement camouflée a été découverte derrière un énorme appareil de réfrigération insonorisé. Une fois déplacé, une bouche de puits est apparue, ouvrant sur un autre monde : une infrastructure intégrée pour le trafic de drogue, gérée avec une précision digne d’une installation industrielle.

Cette découverte, réalisée dans le cadre de l’« Operación Ares », n’est pas un événement isolé. Selon les autorités espagnoles, elle est le « couronnement d’une enquête de plusieurs mois » ayant révélé « l’un des réseaux de trafic de drogue les plus complexes » opérant à la frontière sud de l’Europe.

Les fils de l’enquête

L’affaire a débuté en février 2025, lorsque la police a concentré ses recherches sur un réseau actif depuis l’enclave de Sebta, capable de transporter d’importantes quantités de haschich vers l’Espagne et le reste de l’Europe. Les surveillances ont révélé une structure pyramidale claire : un chef principal opérant depuis le Maroc supervisant l’approvisionnement, et un associé à Sebta chargé des négociations, des transactions et de la distribution. Les enquêteurs espagnols ont qualifié ce système de « réseau de réseaux ».

Un réseau complexe

Au fil de l’enquête, les indices se sont accumulés. Un incendie dans une maison du quartier El Príncipe a conduit à la saisie de 500 kg de haschich, reliant le site à la logistique du réseau. Par la suite, d’autres opérations ont intercepté des centaines de kilos dans différents quartiers, avant le coup d’éclat de juin dernier : la saisie de 15 tonnes de haschich dans un camion à Almería, en provenance de Nador.

Cette découverte a confirmé que le réseau ne dépendait pas d’un seul moyen de transport, mais d’un système multimodal incluant des poids lourds, des vedettes rapides (go-fast) via les côtes andalouses et le fleuve Guadalquivir, et même des bateaux de pêche vers la Galice pour contourner la pression sécuritaire au sud.

Le tunnel : un chef-d’œuvre d’ingénierie criminelle

Malgré cette diversité, le tunnel reste l’élément le plus sophistiqué. Les inspections ont révélé trois niveaux principaux :

  1. Un puits vertical pour la descente.

  2. Une chambre intermédiaire de stockage des ballots, appelée « Narcodispensa » (le garde-manger de la drogue).

  3. Un couloir horizontal s’étendant vers une maison située de l’autre côté de la clôture, en territoire marocain.

À l’intérieur, un système de transport complet a été installé : rails miniatures, chariots, poulies et treuils, permettant le transfert de grandes quantités de drogue sans effort humain direct. La police souligne que le tunnel a été conçu pour fonctionner « sans aucun contact visuel direct entre les participants, réduisant ainsi les risques sécuritaires ». Il était également équipé de puissants systèmes de pompage pour les eaux souterraines et d’une isolation acoustique précise. Pour évaluer l’ampleur de la structure, la police a utilisé un drone sous-marin de « dernière génération ».

Une « mine de drogue » sous la zone industrielle

Derrière le système de réfrigération, les trafiquants avaient créé un véritable labyrinthe souterrain. « Soulève ici, il y a quelque chose », entend-on un agent dire dans la vidéo publiée par les autorités. Le tunnel, situé dans un entrepôt de la zone industrielle de Tarajal, plonge à 19 mètres de profondeur, avec une hauteur de 1,20 m et une largeur de 80 cm.

Le « Narco-ingénieur » et le « Roi du Haschich »

Deux figures centrales dirigeaient ce réseau :

  • Le « Narco-ingénieur » : Le cerveau opérant depuis le Maroc, soupçonné d’avoir conçu les tunnels, y compris celui découvert l’année dernière lors de l’opération « Hades ».

  • Le « Roi du Haschich » : Basé à Sebta, responsable des négociations et de la conclusion des contrats.

L’opération finale a mobilisé plus de 250 agents, menant à 29 perquisitions simultanées dans plusieurs villes (Sebta, Cadix, Huelva, Malaga et Pontevedra). Bilan : 27 arrestations, 17 tonnes de drogue saisies, 1,43 million d’euros en liquide, 66 appareils de communication et 15 voitures de luxe.

Infrastructures complexes et silence diplomatique

Lors d’une conférence de presse à Sebta mardi dernier, les hauts responsables de la police (UDYCO) ont souligné que ce système garantissait une sécurité maximale pour les cargaisons. Cependant, les autorités précisent que l’enquête reste ouverte pour traquer les sources de financement et les ramifications internationales.

Ce dossier révèle une transformation profonde : le trafic est passé de méthodes artisanales à des infrastructures complexes gérées avec une mentalité d’ingénieur.

Enfin, des sources ont confié à « Hawamich » que la juge María Tardón, en charge du dossier du premier tunnel au Tribunal National espagnol, se heurte à des difficultés concernant le volet marocain. Selon ces sources, le Maroc ignorerait les demandes officielles espagnoles et n’aurait fourni aucune donnée sur la partie du tunnel située sous sa juridiction. Des sources de la Garde Civile à Sebta affirment que « tout est à l’arrêt du côté marocain », suggérant que ce dossier pourrait être sensible en raison des implications internes qu’une enquête approfondie pourrait révéler.

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