mercredi, 4 février, 2026

Une volonté de fer sur des rails d’acier

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By: ​Lyes MIHOUBI
Une volonté de fer sur des rails d’acier

​Lyes MIHOUBI

Spécialiste en stratégie des entreprises

​Le sifflement du premier train qui a brisé le silence millénaire du Sahara, en ce début de février 2026, n’était pas un simple écho mécanique ; c’était le rugissement d’une nation affirmant son essor. L’arrivée de ce convoi inaugural à la nouvelle gare de Tindouf ne marque pas seulement l’achèvement d’un chantier titanesque, elle consacre l’avènement d’un levier industriel capable de redéfinir le poids de l’Algérie dans les équilibres mondiaux. Cette voie ferrée, qui s’étire sur près de mille kilomètres pour s’ouvrir sur la profondeur du continent africain, incarne l’ambition d’un État qui a décidé de reprendre l’initiative et de forger son destin par une volonté souveraine. En acheminant les ressources du Sud-Ouest vers le cœur de la Méditerranée, l’Algérie se dote d’une colonne vertébrale inébranlable. Le « Sahara du fer » n’est plus une périphérie isolée, mais un organe vital intégré au corps de la Nation, transformant l’immensité du territoire en un atout géopolitique décisif.

​Cet exploit s’inscrit comme une réponse lucide aux bouleversements d’un monde en mutation. Alors que l’ordre international vacille sous le poids des crises, les pays du Sud redécouvrent une vérité fondamentale : la souveraineté ne se décrète pas, elle se bâtit par l’action. L’histoire contemporaine nous enseigne, avec amertume, que la possession de ressources brutes ne constitue qu’une souveraineté inachevée tant qu’elle n’est pas adossée à une autonomie technique, alimentaire et militaire. Sans capacité de transformation industrielle et sans force de dissuasion, les nations demeurent otages de la volatilité des marchés et des diktats extérieurs. C’est forte de ce constat que l’Algérie a forgé sa doctrine : pour demeurer libre dans un siècle de tempêtes, il faut être insubmersible.

​C’est là que réside l’essence de la vision impulsée par le Président Abdelmadjid Tebboune depuis 2020 : sanctuariser l’État en érigeant des piliers souverains solidement ancrés. Le premier d’entre eux est la sécurité alimentaire ; l’Algérie ayant compris que la dépendance céréalière est la première entrave à la liberté. En muant le Sahara en un vaste grenier national, le pays neutralise l’usage de « l’arme de la faim » comme outil de pression politique. Le second pilier repose sur une intégration industrielle audacieuse, marquant une rupture historique avec l’exportation de matières premières brutes. En plaçant la transformation locale au cœur de l’équation, l’Algérie s’engage dans une transition majeure : celle d’une économie de rente vers une société d’innovation, où la valeur ajoutée est générée sur le sol national.

​Toutefois, la prospérité demeure précaire si elle ne dispose pas d’un bouclier robuste. C’est pourquoi l’essor économique a été indissociable du renforcement des capacités de défense. L’Armée Nationale Populaire (ANP) s’est érigée en gardien vigilant de cette dynamique, opérant une mue technologique profonde vers le spatial, la cybersécurité et l’industrie de défense. Ce bouclier souverain inaliénable garantit aujourd’hui à la diplomatie algérienne une voix indépendante et respectée dans le concert des nations.

​Au cœur de cet édifice, les forces vives de la Nation demeurent la pierre angulaire. Nos ingénieurs, nos chercheurs, nos enseignants et nos médecins aux côtés de nos soldats et officiers veillant au grain, ainsi que nos techniciens spécialisés et cadres dirigeants, constituent les briques fondamentales de ce renouveau. Ils forment cette élite nationale pluridisciplinaire par laquelle se mesure le succès des nations ; la dynamique actuelle vise à les valoriser et à leur donner la place qu’ils méritent, afin que l’intelligence nationale soit le moteur unique et ultime de notre destin.

​Le corridor ferroviaire de Tindouf est l’acte de naissance d’une Algérie qui investit dans sa terre par l’autofinancement, préservant ainsi les générations futures des entraves de la dette. Aujourd’hui, en s’élançant sur des rails d’acier, l’Algérie choisit son camp : celui des nations qui ne subissent plus l’histoire, mais qui ont l’audace de l’écrire.

Lyes MIHOUBI

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