dimanche, 2 août, 2026

Le Makhzen et la carte du chantage migratoire : La « Marche verte aquatique » vers Ceuta et les réactions au réalignement espagnol envers l’Algérie et le Sahara occidental

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Le Makhzen et la carte du chantage migratoire : La « Marche verte aquatique » vers Ceuta et les réactions au réalignement espagnol envers l’Algérie et le Sahara occidental

Le spectacle de centaines de jeunes et de mineurs traversant la mer à la nage en direction de Ceuta au cours des dernières heures ne relève pas d’une simple aggravation spontanée d’une crise sociale ni d’une fuite éperdue dicté par le désespoir. Il représente, dans sa dimension géopolitique profonde, un nouvel épisode d’une longue série d’utilisations, par le régime du Makhzen, de la migration clandestine comme outil de chantage et de diplomatie de la contrainte.

Le laissez-faire sécuritaire et la cécité organisée face aux mouvements de centaines d’individus à la frontière, en plein jour, n’échappent plus aux observateurs de la scène régionale. Rabat réactive une nouvelle fois sa politique d’ouverture des « robinets sécuritaires » dès lors qu’elle perçoit un réchauffement des relations entre Madrid et Alger, ou lorsque le gouvernement espagnol adopte des décisions juridiques et politiques qui freinent ses ambitions expansionnistes, notamment concernant la question du Sahara occidental.

La « Marche verte aquatique » à Ceuta : L’émigration comme couverture de chantage politique

Les récents développements illustrent avec clarté la manière dont les corps de jeunes vulnérables sont transformés en monnaie d’échange géopolitique agitée face à Madrid et à l’Union européenne. Alors que les contrôles aux frontières de Ceuta se caractérisent habituellement par une rigueur et une coordination étroites, la stratégie du Makhzen consiste à fermer les yeux et à relâcher subitement le dispositif de surveillance afin de provoquer des crises humaines et sécuritaires majeures sur le territoire espagnol.

À travers ces tactiques, Rabat cherche à adresser des messages explicites à son voisin du Nord :

  • Le troc de la sécurité contre la politique : Signifier à l’Espagne que la coopération sécuritaire et frontalière reste conditionnée par un alignement total sur les positions et concessions politiques et financières attendues par le Maroc.

  • La saturation des capacités espagnoles : Placer le gouvernement central à Madrid et les autorités locales de Ceuta sous une pression sociale, logistique et politique interne, les incitant ainsi à reconsidérer leurs orientations diplomatiques.

Rapprochement hispano-algérien : La visite de Sánchez suscite l’inquiétude de Rabat

Ces vagues de pression migratoire surviennent dans le sillage de recompositions diplomatiques récentes marquées par le rétablissement et la normalisation progressive des relations entre l’Espagne et l’Algérie. Cette dynamique a culminé avec la récente visite du président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, à Alger, à la suite de la victoire de l’Espagne à la Coupe du Monde.

Cette visite, assortie d’accords énergétiques et économiques majeurs et de la relance des partenariats stratégiques, a envoyé un signal politique fort qui a vivement irrité Rabat, qui misait sur une rupture durable entre Madrid et Alger :

  • Rétablissement de l’équilibre régional : Le gouvernement Sánchez a pris la mesure de la nécessité stratégique de renouer avec l’Algérie pour préserver la sécurité énergétique et les intérêts économiques espagnols.

  • Fin du pari unilatéral : Cette démarche a mis un terme au pari du Makhzen visant à isoler l’Algérie ou à amener Madrid à adopter unilatéralement les thèses marocaines sans tenir compte du rapport de forces en Méditerranée.

Nationalité espagnole pour les Sahraouis : Le tournant juridique contesté

Les appréhensions de Rabat ne se limitent pas au rapprochement hispano-algérien, mais s’étendent aux initiatives législatives et juridiques du gouvernement espagnol concernant l’octroi de la nationalité espagnole aux citoyens sahraouis nés avant 1975 sous l’administration historique espagnole.

Cette décision, fondée sur des considérations historiques et des recommandations de la justice espagnole, constitue un revers stratégique pour le Makhzen :

  • Consolidation du statut juridique sahraoui : L’attribution de la nationalité réaffirme l’identité juridique et historique des Sahraouis au sein du droit espagnol et européen, contrecarrant les tentatives de fermer le dossier ou d’imposer le plan d’autonomie comme seule option.

  • Indépendance de la décision espagnole : Cette mesure démontre que Madrid conserve une marge de manœuvre autonome qui contraste avec la volonté de Rabat d’obtenir un alignement inconditionnel sur sa vision du conflit.

Sanctionner l’Espagne : La tactique de l’impasse

Face aux avancées diplomatiques de la cause sahraouie et au retour de l’Algérie comme acteur clé de l’équation méditerranéenne, le régime du Makhzen s’est tourné vers son levier traditionnel : instrumentaliser la pression migratoire contre l’Espagne.

L’orientation de centaines de jeunes vers des traversées à la nage vers Ceuta constitue un aveu indirect des limites de la diplomatie conventionnelle de Rabat, remplacée par des mécanismes de pression humanitaire :

  • Exportation des tensions internes : Canaliser la détresse sociale d’une jeunesse confrontée à la cherté de la vie et au chômage vers les frontières espagnoles.

  • Pression sur l’Union européenne : Solliciter davantage de soutien financier et politique de la part de Bruxelles sous couvert de gestion et de protection des frontières européennes.

La situation aux frontières de Ceuta montre que l’utilisation de la gestion frontalière comme levier de négociation intervient dès lors que des rééquilibrages diplomatiques ou des évolutions juridiques s’opèrent dans la région. Ces démarches restent observées par la communauté internationale et témoignent des tensions récurrentes qui marquent les relations transfrontalières dans le bassin méditerranéen.

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