Alors que le prince héritier, Hassan III, célèbre son vingt-troisième anniversaire, l’atmosphère au palais royal de Rabat n’est pas à la fête, mais semble plutôt funèbre, chargée de luttes de pouvoir tantôt feutrées, tantôt déclarées. La nomination militaire de haut rang octroyée par Mohammed VI à son fils le 2 mai dernier, en tant que coordinateur des bureaux et services de l’état-major général de l’armée, n’est pas une simple promotion de routine. Il s’agit d’une manœuvre préventive désespérée visant à consolider une légitimité vacillante et à éteindre les feux de la contestation qui commencent à consumer les piliers de la maison makhzénienne de l’intérieur.
Coup d’État silencieux à l’horizon : Moulay Rachid et l’ambition du trône
Derrière les rideaux de velours, l’idée d’une succession fluide n’est plus qu’une plaisanterie de mauvais goût dans les salons politiques de Paris et de Rabat. Le récent ouvrage d’investigation Le Roman d’un roi et les fuites de rapports de renseignement confirment que la dégradation de la santé de Mohammed VI a aiguisé l’appétit des prétendants, au premier rang desquels son frère, Moulay Rachid.
Les tensions qui ont éclaté en 2022, suite à l’opération cardiaque du roi, ont révélé les ambitions putschistes du prince Rachid qui refuse, selon des sources proches, l’idée d’une hégémonie absolue de son neveu, le « jeune colonel ». Cette lutte acharnée pour le pouvoir a poussé la vieille garde du palais, sous l’influence du conseiller André Azoulay — architecte des successions depuis l’ère Hassan II —, à militariser le rôle du prince héritier comme ultime ligne de défense pour protéger le trône contre les « trahisons » familiales.
Palais déserté et peuple écrasé : Des contrastes mortels
Pendant que l’entourage royal s’enlise dans des calculs d’héritage, le Maroc réel se noie dans la marginalisation et la répression. Le Makhzen, qui fait la course contre la montre pour préparer les façades du Mondial 2030, n’hésite pas à procéder à des démolitions massives de logements, déracinant des familles entières au profit de projets immobiliers servant l’élite.
La chute du pouvoir d’achat et l’envolée des prix sont réprimées par une main de fer et des condamnations lourdes contre quiconque ose réclamer son droit à une vie digne. Le Maroc s’est transformé en une vaste caserne gérée depuis Paris — où le roi passe le plus clair de son temps —, laissant le peuple affronter seul la sécheresse, la pauvreté et l’arrogance d’une administration devenue un foyer de corruption, comme le reconnaissent les instances officielles d’intégrité elles-mêmes.
Le bouclier sioniste pour protéger le trône : Le dernier pari de Mohammed VI
Conscient que son trône vacille, Mohammed VI a choisi, le 22 décembre 2020, de se jeter dans les bras de l’entité sioniste via les accords d’Abraham. Cette démarche n’était pas dictée par « l’intérêt national », mais constituait un troc existentiel : la normalisation contre la garantie d’un soutien international et sécuritaire pour protéger la transition du trône vers son fils, dans un climat d’ébullition interne sans précédent.
Cependant, ce pari s’est retourné contre son auteur. Le peuple marocain, qui ne s’est pas laissé duper, est descendu par millions dans les rues pour proclamer son refus de vendre la cause palestinienne en échange de « sièges branlants ». Les manifestations quotidiennes qui secouent les villes marocaines confirment que la légitimité historique du régime s’est effondrée et que le bouclier sioniste ne protègera pas le palais contre la colère des affamés et des hommes libres.
Un avenir instable : Un régime vers l’abîme
La conjonction de la santé déclinante du roi, de la guerre des clans entre le fils et l’oncle, et du mécontentement populaire massif contre la normalisation et la cherté de la vie, présage une explosion imminente. La succession au Maroc aujourd’hui n’est pas une simple transmission de pouvoir, mais une incertitude structurelle qui menace l’existence même du système.
Mohammed VI a choisi de léguer à son fils une torche piégée, dans un pays qui vit l’automne de ses institutions et l’omnipotence de la cour. Entre les couteaux des proches et la colère de la rue, l’histoire du roi semble approcher de ses chapitres les plus tragiques, où ni les promotions militaires ni les protections extérieures ne suffiront à sauver un trône bâti sur les décombres de la dignité de son peuple.
