interviewé par Dr Hana Saada, rédactrice en chef de la section anglaise de Dzair Tube
La guerre américano-sioniste contre l’Iran a évolué au-delà de la confrontation militaire conventionnelle pour devenir une lutte plus large touchant la mémoire collective, l’identité nationale et la conscience publique, selon Seyed Mohammad Reza Zohouri, responsable par intérim du bureau culturel iranien en Algérie. Ce dernier soutient que les récents développements militaires ciblent de plus en plus les institutions culturelles, éducatives et médiatiques, parallèlement aux infrastructures stratégiques.
Dans un entretien accordé à Dzair Tube, M. Zohouri a déclaré que les événements récents démontrent une transformation de la nature des conflits modernes, où les opérations militaires s’accompagnent d’efforts visant à influencer la perception publique, à affaiblir l’identité historique et à refaçonner les récits nationaux.
Il a soutenu que les suppositions de certains cercles politiques occidentaux, selon lesquelles des frappes militaires contre de hauts dirigeants iraniens généreraient une fragmentation interne, ont plutôt été démenties par une mobilisation publique massive dans les villes iraniennes. Selon M. Zohouri, les rassemblements d’envergure observés à Téhéran, Mashhad, Ispahan, Qom et ailleurs reflètent une conscience nationale profondément enracinée, façonnée par des décennies de pressions extérieures, plutôt qu’une réaction émotionnelle temporaire.
« Cette mobilisation représentait plus qu’un deuil public », a-t-il affirmé. « Elle reflétait la réaffirmation de la cohésion nationale et démontrait que la continuité politique repose sur des institutions plutôt que sur des individus. » Il a soutenu que le fonctionnement rapide des institutions étatiques iraniennes à la suite des récents développements a défié les attentes d’instabilité politique en illustrant la résilience institutionnelle du pays.
La participation des femmes et les médias comme champ de bataille
M. Zohouri a également mis en avant la participation visible des femmes iraniennes aux manifestations publiques, arguant que leur rôle reflète des évolutions sociales profondes plutôt qu’une simple représentation symbolique. Il a précisé que les femmes ont assumé des rôles d’organisation et de direction lors de la mobilisation publique, décrivant leur participation comme une preuve d’engagement politique et de responsabilité civique, tout en remettant en cause les stéréotypes extérieurs dominants concernant la position des femmes dans la société iranienne. Selon lui, la présence des femmes a transmis des messages tant nationaux qu’internationaux sur l’unité nationale et la participation sociale en période de crise.
Un thème central de l’entretien a concerné ce que M. Zohouri a décrit comme l’importance stratégique croissante des médias lors des conflits contemporains. Il a soutenu que les attaques contre les médias iraniens et libanais illustrent un effort visant non seulement à endommager les infrastructures de diffusion, mais aussi à affaiblir les récits alternatifs qui rivalisent avec le discours international dominant.
« La lutte ne se limite plus aux théâtres militaires », a-t-il déclaré, affirmant que les conflits contemporains cherchent de plus en plus à contrôler à la fois le territoire physique et l’environnement informationnel. Il a en outre soutenu que les journalistes eux-mêmes sont devenus des cibles. Évoquant les attaques contre le personnel des médias en Palestine et au Liban, M. Zohouri a soutenu que ces crimes représentent des tentatives de saper « le système de témoignage » en ciblant ceux qui documentent les événements sur le terrain. Il a cité l’article 79 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève ainsi que la résolution 2222 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui affirment les protections accordées aux journalistes pendant les conflits armés, déplorant que l’application du droit international humanitaire reste incohérente.
Le patrimoine culturel sous menace et la protection internationale
Le responsable culturel iranien a accordé une attention considérable aux dommages subis par les sites culturels et historiques pendant la guerre, soutenant que ces incidents doivent être compris dans un cadre plus large qui dépasse les objectifs militaires conventionnels. Il a indiqué qu’environ 140 sites patrimoniaux ont subi des dommages, y compris des monuments reconnus internationalement tels que la place Naqsh-e Jahan, le palais Ali Qapu, le palais Chehel Sotoun, la mosquée du Shah, la mosquée Jameh d’Ispahan, le palais du Golestan à Téhéran et le château de Falak-ol-Aflak à Khorramabad. Selon M. Zohouri, les attaques touchant les monuments culturels cherchent à ébranler la continuité historique et l’identité collective en ciblant des symboles représentant des siècles de civilisation. Il a toutefois affirmé que les dommages causés au patrimoine renforcent souvent, au lieu de l’affaiblir, l’attachement du public à l’histoire nationale, transformant les sites historiques en symboles de résilience.
M. Zohouri a salué les déclarations publiées par des centaines d’universitaires français ainsi que par des organisations internationales, notamment l’UNESCO, l’ICOMOS, l’ICOM et le Bouclier Bleu International, concernant les dommages causés au patrimoine culturel iranien. Il a affirmé que ces interventions démontrent que les préoccupations dépassent les désaccords politiques pour englober des questions plus larges relatives à la protection du legs historique partagé de l’humanité. Selon M. Zohouri, les attaques signalées contre des sites culturels protégés constituent de graves sujets de préoccupation au regard de la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé.
Tout au long de l’entretien, M. Zohouri a lié à plusieurs reprises les attaques contre les institutions médiatiques aux dommages causés au patrimoine culturel, décrivant les deux comme des composantes d’une lutte globale pour la mémoire collective. « Les médias préservent la mémoire d’aujourd’hui », a-t-il dit. « Le patrimoine préserve la mémoire des siècles. »
L’attaque de l’école de Minab et le rôle de la diplomatie culturelle
Abordant l’attaque odieuse contre une école primaire à Minab, qu’il a qualifiée de tragédie humanitaire majeure, M. Zohouri a caractérisé ce crime comme la preuve que la violence s’est étendue au-delà des cibles militaires. Il a indiqué que plus de 170 écolières ont été martyrisées dans cette attaque, décrivant l’événement comme un échec moral et humanitaire profond. Selon lui, les institutions éducatives font de plus en plus partie d’un ciblage plus large affectant les écoles, les universités et les centres de recherche. Il a cité des chiffres indiquant que plus de 278 étudiants et 67 enseignants ont été martyrisés, tandis que plus de 1 500 écoles, 54 bibliothèques, 17 centres culturels et des dizaines d’installations sportives auraient subi des dommages. Il a soutenu que ces développements reflètent des tentatives d’affaiblir les systèmes éducatifs et les générations futures plutôt que des incidents militaires isolés.
M. Zohouri a également évoqué les dommages affectant les universités, les institutions de recherche et le personnel scientifique. Il a soutenu que les attaques contre les institutions d’enseignement supérieur doivent être comprises comme des efforts visant à affaiblir le développement scientifique à long terme et la capacité technologique nationale, plutôt que uniquement comme des opérations militaires. La production de connaissances, a-t-il dit, est devenue un élément de plus en plus important de la compétition stratégique, faisant des universités et des centres de recherche des éléments centraux de la résilience nationale. Le responsable iranien a également critiqué la couverture médiatique internationale sélective, affirmant que les différences d’attention médiatique reflètent des considérations politiques plutôt que des principes humanitaires.
Au-delà de la guerre, M. Zohouri a affirmé que la diplomatie culturelle restera centrale pour renforcer les relations entre l’Iran et l’Algérie. Il a décrit l’Algérie comme un pays possédant une expérience historique distinctive ancrée dans la lutte anticoloniale, la diversité culturelle et la souveraineté nationale. Il a conclu en indiquant que le bureau culturel iranien cherchera à élargir l’engagement bilatéral et à promouvoir une plus grande compréhension mutuelle entre les peuples iranien et algérien à travers l’échange culturel et le dialogue, rappelant que les relations durables entre les nations reposent sur une compréhension mutuelle approfondie favorisée par l’éducation et la culture.
