À peine la classe politique algérienne a-t-elle tourné la page des élections législatives et achevé les dispositions relatives à l’installation des députés de la dixième législature à l’Assemblée populaire nationale (APN), qu’elle s’est engagée précocement dans les préparatifs des élections locales (communales et de wilaya) prévues à l’automne 2026. Les regards se tournent désormais vers le décret présidentiel attendu du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, d’ici la fin du mois d’août, portant convocation du corps électoral, en vue d’organiser le scrutin entre la fin novembre et le début du mois de décembre prochain, conformément aux exigences constitutionnelles et aux délais légaux calculés à partir des élections locales de novembre 2021.
Les formations politiques se trouvent engagées dans une véritable course contre la montre pour finaliser leurs listes et ajuster leurs stratégies de terrain, dans un contexte marqué par un ensemble de règles juridiques et organisationnelles rigoureuses imposées par la loi organique relative au régime électoral, lesquelles pèsent lourdement sur les équilibres politiques et les chances de compétition.
1. Le calendrier juridique et les délais : Décret présidentiel et révision exceptionnelle
La convocation des électeurs s’appuie sur les dispositions de l’article 91 de la Constitution ainsi que sur la loi organique portant régime électoral. Le décret présidentiel doit être signé au moins 90 jours avant la date du scrutin et publié au Journal officiel pour amorcer les étapes suivantes :
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La révision exceptionnelle des listes électorales : L’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) procédera, dès la signature du décret, à l’ouverture de la révision exceptionnelle des listes électorales à travers les communes.
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L’ouverture des candidatures : Traitement des dossiers et réception des listes conformément aux conditions et quotas légaux, avant le coup d’envoi officiel de la campagne électorale et la période de silence électoral.
2. Le casse-tête des équilibres sur les listes : Universitaires, jeunes et femmes
L’article 176 de la loi électorale impose des conditions strictes pour la constitution des listes sous peine de rejet administratif global, ce qui confronte les partis à des difficultés logistiques et humaines pour le rassemblement des candidatures :
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Le quorum des sièges supplémentaires : Augmentation du nombre de candidats de sept (7) sièges par rapport au nombre requis dans les circonscriptions à sièges impairs, et de six (6) dans les circonscriptions à sièges pairs.
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Les quotas sociaux et académiques :
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Réservation d’au moins un tiers (33%) des candidatures aux femmes (à l’exception des communes dont la population est inférieure à 20 000 habitants).
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Réservation d’au moins la moitié (50%) des candidatures aux personnes âgées de moins de 40 ans le jour du scrutin.
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Obligation d’inclure au moins un tiers (33%) de candidats titulaires de diplômes universitaires.
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3. Quorum et parrainages : L’engagement des 4% et l’épreuve des signatures
L’article 178 régit les mécanismes de validation des listes candidates. Sont dispensés du recueil de signatures les partis ayant obtenu plus de 4% des suffrages exprimés dans la circonscription concernée lors des dernières élections locales, ou les partis disposant d’au moins 10 élus au sein des assemblées locales de la wilaya.
En l’absence de ce quorum — ainsi que pour les nouveaux partis et les listes indépendantes —, la loi exige le soutien de la liste par 35 parrainages d’électeurs de la circonscription pour chaque siège à pourvoir, un obstacle juridique que plusieurs formations tentent de surmonter en concluant des alliances ou en constituant des listes de réserve.
4. La clause de l’« argent sale » et le contrôle sécuritaire : L’article au cœur de la controverse
Les conditions de candidature fixées par l’article 184 (qui rejoint l’article 200) figurent en tête des pré occupations de la classe politique, en particulier le volet stipulant que le candidat : « ne doit pas être notoirement connu du public pour ses liens avec les milieux de l’argent et des affaires douteux, ni pour son influence directe ou indirecte sur la liberté de choix ».
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Inquiétudes des partis : Les detracteurs de cette disposition estiment qu’elle souffre d’un « flou juridique » et d’une formulation trop large susceptible d’ouvrir la voie à des interprétations arbitraires et au rejet de dossiers, ce qui pourrait porter atteinte au principe d’égalité des chances entre les candidats.
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Position des autorités publiques : Les responsables de l’Autorité indépendante des élections (à leur tête Karim Khelfane par intérim) défendent cet article, le considérant comme un instrument fondamental pour « assainir la vie politique », écarter le financement suspect des assemblées élues et restaurer la confiance envers les institutions représentatives.
Perspectives
Les élections locales de 2026 placent les partis politiques algériens face à un test décisif quant à leur capacité d’ancrage sur le terrain et à élaborer des listes équilibrées répondant aux exigences académiques et socioprofessionnelles. Tandis que les autorités s’emploient à consolider la transparence et à barrer la route à l’argent politique, les formations rivalisent pour constituer des « dossiers de secours » afin d’éviter les rejets administratifs et l’invalidation des listes, dans l’attente du lancement officiel du processus électoral par la publication du décret présidentiel.
